Radio Internationale d'Haïti EN DIRECT!

mardi 25 mars 2025

Dette d’Haïti: L’histoire d’une rançon !!!


L’histoire tumultueuse d’Haïti, qui fut jadis Saint-Domingue, l’ancienne colonie d’esclaves française, a encore bien des secrets à révéler. Pour « le Nouvel Obs », Pierre-Yves Bocquet, directeur adjoint de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, raconte sa dernière découverte aux archives de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Le reliquat de l’argent d’Haïti était allé dans les caisses du Trésor public français : voilà ce que disaient les quelques notes, vieilles de plus d’un siècle, que je tenais entre les mains. C’est donc cela, que ressentent les chercheurs en histoire quand ils font une découverte ? Tressaillir, en ouvrant une chemise en papier de couleur, en sortir la liasse de vieux papiers jaunis qu’elle contient, parcourir les lignes qu’ont tracées des gens morts depuis longtemps et, tout à coup, y lire ce qu’on est venu chercher : la pièce manquante du puzzle, celle qui révèle le sens de l’image incomplète, la clé de l’énigme irrésolue.

Je suis dans un immeuble anonyme du quai Anatole-France, à Paris, dans une petite pièce sans fenêtre d’un bâtiment de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), l’institution vénérable qui, depuis plus de deux cents ans, effectue les missions financières de confiance de l’Etat français. Pour le meilleur – la Sécurité sociale est en partie née dans les livres de la Caisse, qui géra quelques-uns des premiers systèmes de retraites publiques dès le XIXe siècle – et pour le pire – quand une ancienne puissance coloniale, défaite par ceux qu’elle avait réduits en esclavage, rançonna pendant des décennies le petit Etat qu’ils s’étaient donné. Et aspirant sa richesse avec cette constance et cette efficacité qui font la réputation des administrations françaises lorsqu’il est question d’argent.

Je suis dans cette petite pièce sans fenêtre car je suis venu y consulter les traces écrites de l’une des plus grandes injustices de l’histoire : l’indemnité faramineuse que la France du roi Charles X a imposée en 1825 à la République d’Haïti, son ancienne colonie alors appelée Saint-Domingue, pour reconnaître son indépendance, qu’elle avait pourtant gagnée vingt et un ans plus tôt au terme d’une guerre coloniale sanglante contre les troupes que Napoléon Bonaparte y avait envoyées.

Cette indemnité, d’un montant de 150 millions de francs-or (ramenés en 1838 à 90 millions de francs-or), représentait plusieurs années de la production nationale de la jeune république – essentiellement le café cultivé par une population formée par les anciens esclaves émancipés et leurs descendants. Cette somme exorbitante était destinée à leurs anciens maîtres, ces riches propriétaires terriens de l’Ancien Régime, dont beaucoup n’avaient même jamais mis les pieds à Saint-Domingue, qui avaient vu leur fortune s’évanouir quand les esclaves qui en faisaient le prix (que vaut une plantation sans personne pour la cultiver ?) se sont révoltés et ont brisé les chaînes du système qui les opprimait.

Je suis dans cette petite pièce sans fenêtre car je suis venu y toucher du doigt la réalité de cette « rançon », que la CDC a gérée avec son efficacité coutumière pendant un siècle exactement ; et je suis venu y chercher une réponse à une de ces questions que je me pose depuis des années, sans avoir trouvé de réponses complètes et définitives dans les articles et ouvrages que j’ai lus : puisque Haïti a payé intégralement la somme que la France lui avait imposée, cet argent a-t-il été totalement dépensé ? Et s’il est resté un écart entre les sommes perçues – jusqu’en 1888 – et les sommes distribuées aux descendants des anciens colons (car en 1888 ces derniers étaient tous morts depuis longtemps), où est allée cette différence ? Qui en a bénéficié ? A-t-il été restitué « aux habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue » à qui, selon les termes de l’ordonnance de Charles X, ces millions avaient été extorqués, ou d’autres s’en sont-ils enrichis ?

Lithographie représentant le baron de Mackau apportant au président haïtien Jean-Pierre Boyer l’ordonnance de Charles X exigeant le paiement de 150 millions de francs-or en échange de la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti le 11 juillet 1825.

Décryptage  Haïti : quand les esclaves devaient payer leurs anciens maîtres

Pénétrer dans les archives de la CDC pour trouver une réponse à ces questions, c’était pour moi, pour la première fois de ma vie, faire un travail d’historien. Je peux dire que je suis né dans l’histoire, fils de deux professeurs d’histoire-géographie, ayant grandi dans une maison remplie de livres d’histoire, dans une région pleine de lieux de mémoire (champs de bataille, monuments aux morts, forteresses, musées), dans une famille où mes parents, qui avaient connu la Seconde Guerre mondiale, nous ont élevés, mon frère et moi, dans les récits de leurs souvenirs de cette période qui fut la plus effrayante de leur vie. Mais, après avoir quitté Sciences-Po, c’est la carrière de haut fonctionnaire que j’ai embrassée, dans le secteur social, pendant laquelle j’ai inspecté, évalué, administré en tant qu’inspecteur général des affaires sociales.

Et puis, un jour, j’ai retrouvé professionnellement l’histoire, celle qui se fait et celle qu’étudient les historiens, lorsque je suis devenu en 2014 conseiller mémoire du président de la République François Hollande ; et je travaille aujourd’hui à sa transmission, dans une institution mémorielle que j’ai aidée à créer, sous la présidence de l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage.

C’est dans ce cadre que je me suis intéressé à l’indemnité d’Haïti de 1825, parce que cette année 2025 en marquera le deuxième centenaire. Depuis plusieurs années, j’ai donc cherché à comprendre cette histoire passablement embrouillée, comme le sont toujours les histoires postcoloniales mal dénouées.

Un point m’a plus particulièrement intéressé, sans doute parce qu’il m’a rappelé le genre de questions sur lesquelles j’ai eu à travailler comme inspecteur général des affaires sociales : la façon dont la CDC avait géré le recouvrement de cette indemnité, et de l’emprunt que Haïti avait souscrit en 1825 pour en payer la première annuité – ce qu’on a appelé la « double dette » d’Haïti, jusque dans les livres de comptes de la Caisse où cette étrange appellation a subsisté jusqu’en 1925.

C’est cela que je suis venu regarder, dans la petite pièce aveugle du quai Anatole-France : les traces concrètes, matérielles, de ce grand transfert de richesses qui a duré pendant trois quarts de siècle, depuis les Caraïbes jusqu’à Paris. Et les traces étaient bien là, devant mes yeux, dans ces boîtes pleines de notes, de procès-verbaux, de documents divers qui tout à coup prenaient sens et se mirent à me parler, à mesure que je les parcourais, avec d’infinies précautions pour ne pas les déchirer.

Des caisses cerclées de fer, remplies de pièces d’or et d’argent

Ils me racontaient une histoire qui me faisait penser (dans sa matérialité et non dans sa signification) à cette séquence au début de « Casino » de Martin Scorsese où l’on voyait l’argent liquide circuler de la chambre forte du casino à Las Vegas à l’arrière-boutique d’une épicerie italienne de Kansas City, passer d’une caisse à un sac, d’un sac à un coffre, d’un coffre à une mallette transportée ensuite à pied, en voiture, en avion. L’histoire que racontaient les papiers de la Caisse des Dépôts remplaçait les billets verts par des monnaies d’or et d’argent de toute la Caraïbe, piastres, doublons espagnols ou colombiens, aigles américains, qu’on avait rassemblées à Port-au-Prince ou Cap-Haïtien, chargées dans des caisses cerclées de fer, embarquées dans un bateau français, déchargées et pesées à Brest sous la surveillance du receveur général des finances, transportées jusqu’aux locaux de la Caisse des Dépôts, rue de Lille dans le 6e arrondissement, à deux pas de là où j’étais, où les caisses étaient de nouveau pesées, puis descellées en présence de responsables de la Caisse et du gouvernement français. Les pièces étaient alors comptées, en plusieurs jours car il y en avait parfois des centaines de milliers, puis dûment enregistrées sur un bordereau, comme l’un de ceux que j’ai en main et sur lequel la plume d’un agent avait noté le poids des caisses (1 968 kilogrammes pour la livraison de mai 1841) et le nombre des monnaies qu’elles contenaient (85 961 pièces d’or).

Restait ensuite à convertir ces piles de pièces d’or étrangères en bons francs français pour payer aux pauvres colons esclavagistes ce qu’on leur avait promis : ce serait chose faite après une mise en vente dans les locaux de la CDC dont la tenue était annoncée par voie d’affiches, dont les archives de la Caisse avaient conservé quelques exemplaires, vieux de près de deux cents ans. Sur l’un d’entre eux, on lisait que, dans ces opérations, le gouvernement d’Haïti était représenté par Jacques Laffitte, sans doute le financier français le plus célèbre de cette première moitié du XIXe siècle, qui avait été banquier, gouverneur de la Banque de France et même ministres des Finances au début du règne de Louis-Philippe.

Ce que l’affiche ne dit pas, c’est à quoi pensait le financier en voyant passer ces pièces d’or venues de l’autre côté de la mer tandis qu’on les mettait à l’encan. Pensait-il aux paysans haïtiens dont chacune de ces pièces représentait un peu de la sueur qu’ils avaient versée pour gagner cette somme qu’ils ne toucheraient jamais ? A l’absurdité de ces transports d’argent à travers l’océan pour enrichir des gens en France qui n’avaient plus aucun lien avec Haïti depuis des décennies ? Ou juste à sa propre situation, lui qui avait cru faire une bonne affaire en prêtant son argent à Haïti et qui se retrouvait près de vingt ans plus tard à devoir compter des pièces d’or pour espérer un jour être remboursé ?

Les papiers de la CDC ne disent rien de tout cela. Ils racontent par contre comment, de décennie en décennie, il y a toujours eu des agents pour compter, vérifier, recompter et noter d’une belle écriture à la plume combien d’argent Haïti devait encore payer pour solder sa double dette. A partir de 1847, les caisses de pièces de monnaies ont cessé d’arriver jusqu’à la rue de Lille ; transférer des tonnes d’or dans un bateau français à Port-au-Prince créait chaque année des émotions en Haïti, et les deux gouvernements décidèrent de mettre en place un système plus simple basé sur des traites à payer, qui permettait à la Caisse des Dépôts de récupérer les sommes dues directement auprès des clients français d’Haïti, sans obliger à cette manutention douloureuse pour le jeune Etat pauvre et fragile…

Une belle mécanique parfaitement rodée

Et c’est ainsi que, en France, les gouvernements et les régimes pouvaient passer, cela ne remettait jamais en cause la méticulosité de la Caisse qui savait toujours dire, quarante ans, cinquante ans, soixante ans après l’ordonnance de 1825, combien le malheureux peuple haïtien devait encore aux anciens colons esclavagistes d’avant 1789 et à leurs ayants droit de plus en plus lointains et anonymes…

Il n’y eut que la Commune de Paris pour ébranler cette belle efficacité, car une partie des archives de la Caisse était partie en fumée lors des grands incendies de la Semaine sanglante. Les flammes avaient notamment détruit les registres sur lesquels étaient notés les noms des bénéficiaires des titres que la CDC avait émis en 1840 quand, pour simplifier la gestion de l’indemnité, une loi l’avait transformée en titres au porteur similaires à une obligation de l’Etat haïtien (à cette différence près que, de cet emprunt d’Etat-là, le gouvernement d’Haïti n’avait rien touché). Les agents de la CDC étaient donc dans l’incapacité de savoir à qui était allé l’argent d’Haïti avant 1870, et à qui la Caisse devait encore des sommes.

Mais il aurait fallu bien plus que cela pour arrêter cette belle mécanique désormais parfaitement rodée. Dans les archives de la CDC, on trouve en effet des notes des années 1870, 1880 et 1890, un siècle après le déclenchement de la révolution haïtienne, qui calculaient avec la plus grande précision combien Haïti devait encore à la France – à la France républicaine, non plus à la France réactionnaire de la Restauration –, sur les différents aspects de sa double dette : les indemnités restant à régler aux ayants droit des anciens colons, le capital et les intérêts du prêt de 1825 et même, à partir de 1873, des pénalités de retard, que la France a imposées et obtenues d’Haïti, à hauteur de plus de 5 millions de francs au total, prélevés sur les paiements effectués jusqu’en 1888 par le gouvernement d’Haïti.

Il faudra néanmoins que le ministère français des Affaires étrangères informe la CDC en 1893 que, après avoir conduit une mission à Port-au-Prince, il considérait que la double dette d’Haïti était éteinte pour que la CDC en donne acte au gouvernement haïtien, auquel elle continuait de réclamer des sommes.

Tout cela était écrit dans les papiers conservés dans les boîtes rangées dans la petite pièce aveugle du quai Anatole-France. Il restait néanmoins un mystère : une fois les sommes encaissées, inscrites dans les livres de la Caisse, elles devaient être distribuées. Mais il fallait pour cela les réclamer : cela était-il encore le cas à la fin du XIXe siècle, cent ans après la révolution qui avait balayé la société coloniale esclavagiste de Saint-Domingue ?

Les papiers de la Caisse montraient que oui : des personnes se manifestaient toujours à la suite des avis de versement que la CDC faisait paraître au « Journal officiel » et dans diverses publications suivies, sans doute, par les notaires et rentiers français qui étaient les seuls à se souvenir encore à cette époque de l’indemnité de Saint-Domingue et de l’emprunt de 1825. Et, oui, il y eut bien un reliquat entre les sommes versées par Haïti et la somme des montants réclamés par les indemnitaires. Pas très élevé : entre 600 000 francs et 1,2 million de francs au début du XXe siècle, soit entre 0,5 % à 1 % des 112 millions de francs que Haïti avait versés pour sa double dette, entre 1825 et 1888.

Quand le Trésor public s’enrichit

C’était la réponse que j’étais venu chercher dans la petite pièce aveugle du quai Anatole-France. Elle était dans une chemise à la couleur verte passée, classée dans un gros dossier baptisé « Prescription trentenaire », qui contenait les notes de la CDC à propos de l’application de la loi de 1895 qui définissait la position à prendre sur les dépôts et sommes consignés depuis plus de trente ans et qui n’avaient fait l’objet d’aucun mouvement dans cette période. Les notes montraient que les services de la Caisse n’avaient aucun doute sur l’applicabilité de ce texte aux sommes qu’elle conservait au titre de la double dette d’Haïti : ce solde devait revenir au Trésor public français.

Dès 1893, après confirmation que le gouvernement d’Haïti avait bien réglé tout ce qu’il devait depuis 1825 et 1838, lorsque les sommes résiduelles liées à la double dette furent réunies sur une seule ligne dans le bilan de la Caisse, un calendrier avait été défini : les sommes liées à l’indemnité, issues des derniers paiements d’Haïti à ce titre opérés en 1878, seraient frappées par la déchéance trentenaire en 1908 ; celles relatives à l’emprunt, dont les dernières opérations avaient eu lieu en 1893, le seraient en 1923.

Et c’est bien ce que racontaient les notes que je consultais ce jour-là, extraites de la chemise à la couleur vert passé : en 1907 et 1908, la CDC et le ministre des Finances de l’époque (Joseph Caillaux) avaient échangé des courriers à propos du montant élevé des sommes reversées par la Caisse au Trésor Public au titre de la déchéance trentenaire, et la Caisse avait expliqué que ce montant était lié à la déchéance du montant résiduel du compte de l’indemnité de Saint-Domingue : près de 600 000 francs de dépôts, augmentés de trente ans d’intérêts représentant 800 000 francs, et 600 000 francs de consignations plus anciennes, soit un total de 2 millions de francs, qui auraient été alors versés à l’Etat français.

J’ai demandé à l’archiviste de la CDC qui m’avait ouvert les dossiers de regarder s’il pouvait trouver la trace de ce versement ; ses recherches se sont avérées pour le moment infructueuses. Mais j’ai bien retrouvé la trace de la diminution du montant de la ligne « Fonds affectés au règlement de la double dette du gouvernement d’Haïti » dans le bilan de la CDC pour 1907, de 564 47, 37 francs à 29 000 francs. Et en 1924, on trouve bien un versement ultime de 13 000 francs sur cette même ligne, après lequel elle a totalement disparu des livres de Caisse des Dépôts et Consignations, qui aura ainsi géré la double dette d’Haïti pendant exactement un siècle.

Thomas Piketty : « La France devrait rembourser 30 milliards d’euros à Haïti »

Que nous apprennent tous ces mouvements bien techniques ? Tout d’abord, que les archives peuvent encore parler. Certaines historiennes (Gusti-Klara Gaillard-Pourchet et Frédérique Beauvois) ont évoqué la déchéance trentenaire dans leurs travaux très précieux sur la double dette. Mais je n’avais jamais vu d’évaluation chiffrée de son application, ou cela m’aura échappé : et si cet article permet de mieux diffuser des travaux aujourd’hui méconnus, j’en serais très heureux. La CDC elle-même ne s’est pas penchée sur cette question, sur laquelle elle est pourtant régulièrement interpellée. En 1966, lorsqu’elle a célébré son 150e anniversaire en publiant un luxueux livre d’histoire signé du journaliste économique Roger Priouret, un chapitre entier est consacré à sa gestion de la double dette d’Haïti, mais rien n’est dit de la clôture de cette histoire.

Le point pourrait sembler anecdotique : il ne l’est pas, car il montre que, à la fin de l’histoire, c’est le Trésor public français qui s’est enrichi du reliquat de la double dette d’Haïti. Cette somme qui n’avait pas été versée aux ayants droit des colons auxquels elle était exclusivement destinée n’a pas été rendue à Haïti. Il n’en a même jamais été question, dans aucun des documents que j’ai consultés. Pendant un siècle, l’Etat français n’avait cessé de rappeler qu’il n’était pas partie à ces opérations, qui ne concernaient que d’une part les anciens colons et leurs ayants droit et d’autre part l’Etat haïtien. Mais lorsqu’il a fallu décider du sort du trop-versé par Haïti, personne n’a songé que cette somme appartenait aux habitants d’Haïti, selon les termes mêmes de l’ordonnance de Charles X. Elle est allée couvrir les dépenses courantes de l’Etat français, où elle a disparu définitivement.

Deux millions de francs de 1907 représentent en valeur actuelle exactement 9 133 220, 62 euros. Quoi que l’on pense de la légitimité des demandes de restitution des montants injustement extorqués à Haïti par la France au titre de la double dette de 1825, cette somme-là appartient incontestablement au peuple haïtien et devrait lui être rendue. Ce n’est pas le seul geste que la France devrait faire à l’égard d’Haïti, si elle se décide à reconnaître enfin le caractère injuste de l’ordonnance de 1825. Mais celui-là pourrait être le premier.


Crédit: Pierre-Yves Bocquet avec Radio Internationale d'Haïti et NouvelObs


BIO EXPRESS


Pierre-Yves Bocquet, est directeur adjoint de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage. Il a été en 2014 le conseiller mémoire de François Hollande. Cela fait des années qu’il s’intéresse au sujet de la double dette d’Haïti.




dimanche 23 mars 2025

Les États-Unis mettent fin au statut légal de plus de 500 000 étrangers

 

Les États-Unis mettent fin au statut légal de plus de 500 000 étrangers et leur ordonnent de quitter le pays.

L'administration du président américain Donald Trump a annoncé, le vendredi 21 mars 2025, mettre fin par ordonnance au statut légal de plus de 500 000 migrants latino-américains; Une décision qui concerne environ 532 000 Cubains, Haïtiens, Nicaraguayens et Vénézuéliens arrivés aux États-Unis dans le cadre d'un programme lancé en octobre 2022 par l'ex-président Joe Biden, et élargi en janvier de l'année suivante. Mais ils ont désormais quelques semaines pour quitter le pays.

Depuis son retour au pouvoir, le président Donald Trump met en scène la vaste offensive contre l'immigration promise pendant sa campagne. 

Les migrants parrainés par ce programme « doivent quitter les États-Unis » d'ici au 24 avril, sauf s'ils ont obtenu un autre statut d'immigration leur permettant de rester dans le pays, a indiqué le vendredi 21 mars le département de la Sécurité intérieure. Ils perdront leur protection légale 30 jours après la publication de cette nouvelle ordonnance dans le journal officiel du gouvernement fédéral des États-Unis, prévue pour le mardi 25 mars.

« La liberté conditionnelle est par nature temporaire, et la liberté conditionnelle seule ne constitue pas une base sous-jacente pour obtenir un statut d'immigration, ni ne constitue une admission aux États-Unis », a justifié le département de la Sécurité intérieure.

Cette décision a immédiatement suscité l'indignation et l'inquiétude chez les défenseurs des migrants. L'organisation Welcome.US, qui soutient les personnes cherchant refuge aux États-Unis, a exhorté les migrants concernés par cette mesure à consulter « immédiatement » un avocat spécialisé dans les questions d'immigration. Cette ordonnance pourrait affecter une grande majorité du demi-million d'immigrants entrés dans le pays dans le cadre du programme lancé par Joe Biden.

Une vaste offensive contre l'immigration promise pendant la campagne présidentielle

Le président Donald Trump avait promis de mener la plus grande campagne d'expulsion de l'histoire des États-Unis et de limiter l'immigration, principalement en provenance des pays d'Amérique latine.

Annoncé en janvier 2023 par l'administration précédente du président Joe Biden, ce programme spécial destiné aux Cubains, Haïtiens, Nicaraguayens et Vénézuéliens permettait l'entrée aux États-Unis pour deux ans pour un maximum de 30 000 migrants par mois. Cela en raison de la situation des droits humains dans ces quatre pays. Joe Biden avait à l'époque présenté le plan comme une méthode « sûre et humaine » pour alléger la pression à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Mais depuis son retour au pouvoir, Donald Trump met en scène la vaste offensive contre l'immigration promise pendant sa campagne. Son administration a ainsi utilisé une législation rare en temps de guerre pour expulser plus de 200 membres présumés d'un gang vénézuélien vers le Salvador.

Cette loi, qui permet au président américain en temps de guerre d'arrêter ou expulser des citoyens d'une nation ennemie, n'avait été utilisée qu'à trois reprises : pendant la guerre anglo-américaine de 1812 pour expulser des ressortissants britanniques ; durant la Première Guerre mondiale contre des ressortissants de pays ennemis et la Seconde Guerre mondiale pour interner plus de 100 000 citoyens japonais et Américains d'origine japonaise.


Crédit: Radio Internationale d'Haïti Avec AFP 

C'est désormais officiel, après le Niger et le Mali, le Burkina Faso annonce officiellement son départ de...


C'est désormais officiel, après le Niger et le Mali, le Burkina Faso annonce officiellement son départ de l' OIF

C’est désormais officiel, après le retrait du Niger et du Mali, le Burkina Faso confirme les rumeurs et annonce officiellement son départ de l’Organisation internationale de la francophonie (O.I.F.).

Les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ne font désormais plus partie de la francophonie.

Le lundi 17 mars 2025, le Niger a annoncé son retrait de l’OIF. Le lendemain, soit le mardi 18 mars, le Mali a également fait part de son départ de l’organisation francophone.

Si le Burkina Faso fut le premier à quitter l’instance, les autorités burkinabè n’avaient pas encore jusque-là, publiquement annoncées la nouvelle.

Plusieurs rumeurs faisaient état du départ de Ouagadougou de l’institution, mais l’exécutif burkinabè ne s’était pas officiellement prononcé sur la question.

Mais désormais, c’est chose faite. Dans un communiqué conjoint en date du mardi 18 mars 2025, les trois pays ont officiellement annoncé leur retrait de l’Organisation internationale de la francophonie.

Selon les informations rapportées par l’Agence d’information « le Burkina Faso a quitté à la date du 28 février 2025, l’Organisation internationale de la Francophonie ».

Dans la correspondance du ministère burkinabè des Affaires étrangères adressées à son homologue français notifiant le retrait de Ouagadougou de l’organisation, les autorités burkinabè soulignent que l’institution « destinée à la promotion de la coopération culturelle et technique, s’est malheureusement muée en instrument de manipulation politique ».

« Le Burkina Faso ne saurait poursuivre sa coopération avec une institution qui ne répond plus à ses attentes légitimes en termes de justice, d’égalité et d’équité », a noté Ouagadougou dans sa correspondance.

De même, dans le communiqué conjoint en date du 18 mars, les pays de l’AES soulignent que  » depuis l’avènement de la transition au Mali, au Burkina Faso puis au Niger, l’OIF, au lieu d’accompagner ces pays dans la réalisation des aspirations légitimes de leurs peuples, conformément à ses objectifs de paix, de coopération et de solidarité, s’est illustrée par l’application sélective de sanctions sur la base de considérations géopolitiques et le mépris pour leur souveraineté, devenant ainsi un instrument politique téléguidé ».



Crédit: Mathilde A.


jeudi 20 mars 2025

Haïti/Violence: La chute annoncée de Port-au-Prince

 


Dans la capitale haïtienne, les gangs occupent de plus en plus de quartiers. Les forces locales de sécurité, avec le soutien de la MMAS (Mission Multinationale d'Appui à la Sécurité) sont sur la défensive, incapables d’arrêter l’avancée des groupes armés et de neutraliser les chefs des gangs.

L’avancée des groupes armés s’accélère dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince. Les gangs contrôlent tous les axes routiers de la capitale.

Ces groupes armés, qui ont enregistré quelques victimes, sont plus forts que jamais.

Les forces multinationales et la police d’Haïti sont incapables d’arrêter les chefs des gangs, de repousser les attaques et regagner du terrain.

Il n’y a aucune offensive organisée contre les gangs qui ne sont pas loin du Palais présidentiel et le bureau du Premier ministre.

Les hôpitaux et les médias sont pris pour cible. Les opérations de secours sont arrêtées. Les chaînes de radio sont incendiées.

Les États-Unis ont commencé à expulser les Haïtiens vers leur pays d’origine. À bord d’un premier vol qui a atterri à Cap-Haitien, il y avait au moins 25 criminels.

Aujourd’hui, les forces armées d'Haïti sont face aux réseaux des narcoterroristes, alignés aux trafiquants des États-Unis. Il s'agit des nouveaux partenaires des gangs de Port-au-Prince.

Ces dernières heures, on ne compte plus les ministères, les services publics comme les familles qui se sont déplacés de zones qui étaient encore réputées sûres. Les assauts des gangs, ponctués de tirs à l’arme automatique, amplifiés par les rumeurs et l’apathie des autorités, ne laissent que la fuite comme option.


Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien, le Nouvelliste:

"L'échec du Conseil présidentiel de transition

Les stratégies, mal organisées, mises sur pied par le gouvernement de transition sont des échecs."

On accuse les dirigeants intérimaires de se battre pour s’approprier du peu d’argent encore dans les caisses de l'État avant que Port-au-Prince se rende aux groupes armés.

L’ineptie des dirigeants par intérim a précipité la dégringolade dans le chaos.

Des scandales de corruption touchent des membres du Conseil présidentiel de transition. Il n’y a aucune sanction. Les accusés sont toujours en poste.

Après presque un an au pouvoir, le CPT n’a rien fait.

Les dernières images des autorités les montrent occupées à des activités qui renvoient l’image d’un pays normal, comme pour imposer la métaphore de l’orchestre du Titanic qui joue quand le navire coule.


Fritz Duval:

"Le référendum pour voter une nouvelle constitution n’aura pas lieu comme prévu en mai 2025."


Il est impossible d’imaginer les élections annoncées pour en février 2026.


Selon le journal haïtien Alterpresse, "les meurtres, viols et les destructions se multiplient accompagnés de la fuite de dizaines de milliers d’habitants."


Personne ne peut dire que la capitale haïtienne va rejoindre la liste des capitales qui, depuis avril 1975, pour ne pas remonter plus loin, subissent des assauts de groupes armés puis tombent. Comme Phnom Penh envahi par les Khmers rouges, Saïgon submergée par les troupes du Viêt Nam du Nord, Tripoli après la fuite de Mouammar Kadhafi, Sanaa prise par les Houthis ou Kaboul investie par les Talibans, Port-au-Prince risque sa peau depuis assez longtemps pour qu’on craigne que la rumeur et les cris de douleur qu’on entend ne soient le son de l’hallali.


Fritz Duval:

"La vision d’une entrée victorieuse du grand chef des groupes armés, Jimmy Cherizier dit "Barbecue", à Port-au-Prince n’est pas loin de devenir une réalité."



Crédit : Caroline Popovic


dimanche 16 mars 2025

Société/Sexe: Voici, enfin, la durée normale d’un rapport sexuel

Voici, enfin, la durée normale d’un rapport sexuel, selon étude menée par une université américaine

Les débats sur la durée idéale d’un rapport sont fréquents et suscitent de nombreuses discussions. Plusieurs études ont tenté d’apporter des réponses à cette question.

Une étude menée par Zavamed, un leader des consultations médicales en ligne, révèle un constat surprenant : parmi près de 1000 personnes sondées, un tiers surestiment la durée de leurs rapports.

De plus, une recherche de l’Université Behrend de Pennsylvanie, réalisée sur près de 10 ans avec 50 volontaires, a mis l’accent sur la durée de l’acte, en excluant les préliminaires.

Les résultats de cette étude ont bousculé les idées reçues : les marathons sous la couette ne sont pas toujours synonymes de plaisir. En effet, les participants estimaient que des rapports de 3 à 7 minutes étaient « suffisants », tandis que ceux de 7 à 13 minutes étaient jugés « satisfaisants ».

Les rapports trop courts étaient perçus comme « frustrants », tandis que ceux qui s’éternisaient étaient considérés comme « trop longs ». En somme, la qualité prime sur la quantité en matière de plaisir.


Crédit: Radio Internationale d'Haïti  

avec 20 Minutes

Haïti/Insécurité: Port-au-Prince, la capitale, livrée aux bandits par l'Etat, chaos total !

 


50 bâtiments officiels à l’abandon : l’État fuit le centre-ville face aux gangs

Le centre-ville de Port-au-Prince, jadis poumon administratif, économique et éducatif du pays, est aujourd’hui un territoire fantôme. Face à la montée en puissance des gangs, l’État haïtien n’oppose aucune résistance : il recule, il abandonne, il cède. Plus d’une cinquantaine de bâtiments officiels, autrefois symboles de l’autorité publique, sont désormais livrés au chaos. Ministères, tribunaux, infrastructures portuaires, écoles et institutions stratégiques sont désertés, scellant l’effondrement du pouvoir régalien sur la capitale.

Un port sous contrôle criminel

Port-au-Prince, le 14 mars 2025- La Douane, l’Autorité Portuaire Nationale (APN) et le Service Maritime et de Navigation d’Haïti (SEMANAH) sont hors service. Avec l’abandon de ces infrastructures clés, les trafiquants opèrent désormais sans entrave. Armes, drogues, contrebande : Port-au-Prince est devenu une plaque tournante de l’économie criminelle.Haitian local experiences

L’administration en exil

Les piliers de l’État ont fui la capitale. La Primature, le Parlement, la Banque de la République d’Haïti (BRH), la Banque Nationale de Crédit (BNC), le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Santé Publique sont tous désertés. Le Palais National, autrefois symbole de la souveraineté haïtienne, est à l’abandon, tandis que le Panthéon National, gardien de la mémoire des héros de l’indépendance, est livré aux pillages.Haitian local experiences

La justice et l’éducation sacrifiées

Le système judiciaire est anéanti : la Cour de Cassation, la Cour Supérieure des Comptes, le Palais de Justice et les tribunaux de section sont hors d’usage. La prison civile de Port-au-Prince, autrefois centre névralgique du système carcéral, a été prise d’assaut, entraînant une évasion massive sous le regard impuissant des autorités.

Les écoles et universités n’échappent pas à la débâcle. Les lycées Pétion, Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Marie-Jeanne, Jeunes Filles et Fritz Pierre-Louis ont cessé de fonctionner dans leurs locaux historiques. Les facultés de Droit, des Sciences, d’Odontologie, d’Ethnologie et de Médecine, ainsi que l’École Normale Supérieure, l’IERAH, l’INAGHEI et l’École des Arts sont inaccessibles. Même le Théâtre National, l’École des infirmières et le Centre psychiatrique sont abandonnés.Haitian local experiences

Une capitulation totale

Lorsqu’un État ne contrôle ni ses tribunaux, ni ses écoles, ni ses ministères, ni même son propre palais, peut-on encore parler de gouvernance ? Le centre-ville de Port-au-Prince n’est plus un lieu de pouvoir, mais un territoire où seule la loi du plus fort prévaut. L’abandon de ces institutions signe l’aveu cinglant d’un pouvoir en déroute, laissant la capitale aux mains des gangs qui, eux, ne cessent d’avancer.



Crédit : Belly-Dave Bélizaire avc VBI



 

 

samedi 15 mars 2025

Franckétienne, l’inébranlable !

 

Il était un souffle, une voix, un cri tissé d’encre et de lumière. Dans l’écho de ses mots résonnait la révolte, dans le silence de ses pages s’inscrivait l’espoir. Poète, dramaturge, penseur, il n’écrivait pas seulement l’histoire d’Haïti, il la sculptait, la chantait, la rêvait.

Son verbe, tour à tour torrent et murmure, défiait l’oubli. Chaque syllabe, chaque trait de plume était une promesse d’immortalité. Il a traversé le temps, non comme une ombre, mais comme une étoile, éclairant les esprits en quête de vérité.

Aujourd’hui, son souffle ne s’éteint pas. Il demeure dans les pages tournées, dans les vers murmurés, dans les esprits éveillés. Frankétienne n’appartient pas au passé, il vit dans chaque conscience qui refuse le silence.


Que son verbe continue d’inspirer l’infini.



Crédit: Lydia Antoine 

PDG de Radio Passion Culturelle 

Paris, France

Le 23 février 2025


Tous Droits Réservés.

Dette d’Haïti: L’histoire d’une rançon !!!

L’histoire tumultueuse d’Haïti, qui fut jadis Saint-Domingue, l’ancienne colonie d’esclaves française, a encore bien des secrets à révéler. ...